Coup de com’ Anticipant l’effet TGV avec l’ouverture de la ligne Rhin-Rhône le 11 décembre dernier, la Franche-Comté a mis les bouchées doubles pour redorer son blason, avec l’aide d’une solide campagne de pub, histoire de changer son image pour avoir un train d’avance.
AVEC la mise en service des 140 kilomètres de ligne à grande vitesse entre Dijon et Mulhouse, la SNCF a mis en place deux nouveaux axes de voyage en TGV à long parcours, utilisant systématiquement une deuxième ligne à grande vitesse: la ligne Paris-Lyon, jusqu’à Montbard, d’une part, et la ligne Lyon-Méditerranée, d’autre part. Les voyageurs bénéficient de tout à la fois, d’une nouvelle offre Paris-Province, prolongeant la desserte de Dijon vers la Franche-Comté, le sud-Alsace et la Suisse alémanique, mais aussi d’une offre province-province capitale entre les régions de la façade est/sud-est de la France, un maillon essentiel dans la construction de l’Europe du rail à grande vitesse. De fait, les bassins de clientèle se rapprochent des métropoles françaises, mais aussi allemandes et suisses. La Franche-Comté se situe désormais au carrefour européen de la grande vitesse, gagnant en accessibilité par rapport aux touristes franciliens, ceux de l’axe rhénan, méditerranéen.
Selon Barbara Dalibard, directrice de SNCF Voyages, “environ 11 millions de voyageurs annuels sont attendus sur ces axes, sans compter l’augmentation des trafics attendue sur les autres lignes TGV et sur les lignes TER, en correspondance”, annonçait-elle, lors du salon IFTM-Top Resa, de septembre 2011. “C’est pour capter un maximum de ces trafics, lui rétorque Marie-Guite Dufay, présidente de la région Franche-Comté, que nous avons lancé au plus vite des initiatives!” D’autant plus que la Franche-Comté est privilégiée. Elle est en effet la seule région à profiter de deux nouvelles gares TGV: Besançon Franche-Comté TGV et Belfort-Montbéliard TGV, qui s’ajoutent à celles déjà existantes, ce qui lui permet de se rapprocher des deux plus grandes agglomérations françaises, Paris et Lyon, qui ne sont plus qu’à deux heures. Sur chacune d’entre elles, des aménagements sont d’ailleurs prévus. À Belfort, sera établie La Jonxion, aux abords immédiats de la nouvelle gare. Ce parc d’innovation de 150 hectares accueillera au printemps 2013 des bureaux, un centre d’affaires et un hôtel, sur une superficie de 200 000 m2. À Besançon Franche-Comté TGV sera installé un parc d’activité de 90 000 m2, avec livraison d’une première phase fin 2013. Pour ces deux nouvelles gares, les spécialistes de la SNCF tablent déjà sur plus de 2,4 millions de voyageurs.
Ces nouveaux moyens d’accès sont à l’origine de l’initiative prise pour renforcer l’image de la destination Franche-Comté. Une aubaine pour laquelle la région dispose d’une certaine légitimité puisqu’elle a mis la main à la poche. “Pour les 140 kilomètres de lignes nouvelles, la Franche-Comté a payé 360 millions d’euros, ce qui représente environ 15 % du montant total”, justifie Marie-Guite Dufay. Afin d’amplifier les effets du TGV, en terme d’attractivité touristique et de développement économique, la région, ainsi que plusieurs territoires, les agglomérations de Belfort, Besançon, Dole et Montbéliard et la République et Canton du Jura en Suisse (la Franche-Comté dispose de 230 kilomètres de frontière commune avec la Suisse) ont donc décidé de lancer une campagne de communication, intitulée L’Originale Franche-Comté. Conçue par une agence lyonnaise, elle s’appuie sur le caractère unique et sans comparatif du lieu et sur son côté international. D’une façon générale, le ton se veut humoristique, décalé et, à la limite, un tantinet déjanté. Les visuels ont été choisis pour interpeller les publics. Chaque cible de clientèle bénéficie d’une couleur spécifique: les entreprises, d’une couleur rouge, les nouveaux arrivants dans la région, d’une couleur bleue et les touristes, d’une couleur verte. La région, qui en constitue la “base line”, est ouverte à l’élargissement de cette campagne à d’autres territoires. Un budget de 2 millions d’euros a été engagé sur deux exercices, 60 % de cette somme vient du conseil régional, le reste se répartit sur les quatre territoires adhérents… d’autres sont attendus.
Dès l’hiver dernier, le Comité régional au tourisme de Franche-Comté a proposé aux individuels et aux groupes des courts séjours thématiques, clés en main, incluant de 1 à 3 nuits, en hébergement atypique, ainsi qu’un programme de visite. Des courts séjours, des city breaks, pour coller à la demande, s’appuyant sur un patrimoine riche. Par exemple, Au cœur des sites Unesco, ou Prestigieux architectes. Car ici, on ne parle même plus de patrimoine régional mais plutôt de patrimoine mondial.
De par cette nouvelle accessibilité, les monuments d’exception classés par l’Unesco (Citadelle Vauban de Besançon, Saline royale d’Arc-et-Senans) devraient acquérir une nouvelle lisibilité sur les marchés. Tout comme les merveilles de l’architecture moderne (chapelle Le Corbusier, à Ronchamp, les vitraux de l’église de Courfaivre, dans le Jura Suisse, signés Fernand Léger…), les phénomènes curieux de l’histoire industrielle (le musée de l’aventure Peugeot, le musée du Temps, le musée de la Vache qui Rit(r)…), pourraient profiter davantage encore de leur côté tendance. La Franche-Comté compte aussi sur la mise en valeur de ses légendaires traditions gourmandes reconnues.
Objectif de ces nouvelles offres, la surprise, le dépaysement et une hausse attendue de la fréquentation pour renforcer un bilan touristique qui a déjà le vent en poupe. Sur 2010, selon l’Insee, les hôtels trois et quatre étoiles ont affiché une hausse de leur occupation de 6,9 %, tout comme l’hôtellerie de plein air (+ 3 %). D’autant que la région devrait mettre en œuvre divers projets. Par exemple, le port fluvial de Besançon va laisser la place à une Cité des arts et de la culture signée par l’architecte Kengo Kuma, à l’horizon 2013. De même, le réaménagement du port de Montbéliard donnera naissance, fin 2013, à L’Ile en mouvement, un espace de balade entre terre et eau, dédié à la découverte et à la connaissance.
C’est au Sofitel de Lyon Bellecour que le Comité régional au tourisme d’Alsace, en collaboration avec les villes de Strasbourg, Colmar et Mulhouse, ainsi que la SNCF a réuni pour la première fois, une centaine d’invités (agences de tourisme d’affaires, agences réceptives et événementielles, relais d’opinions…). Car, à partir du 11 décembre, le TGV Rhin-Rhône permettra de raccourcir encore les temps de trajet. Par exemple, la ville de Mulhouse sera à 2 h 50 de Lyon et celle de Strasbourg à 3 h 40. Au total, avec Saverne, Sélestat et Colmar, ce seront cinq villes d’Alsace qui seront accessibles en des temps records.
→ population: 1 164 000 habitants;
→ deux parcs naturels régionaux;
→ 3 stations thermales;
→ 11 parcours de golf;
→ 2 stations de ski classées;
→ 10 stations vertes de vacances;
→ 306 hôtels classés pour 15 076 lits;
→ France: 3,5 millions de voyages en Franche-Comté, pour 15,9 millions de nuitées;
→ durée moyenne des séjours: 4,6 jours;
→ Étranger: 1 168 000 nuitées (Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Suisse, Grande-Bretagne…).
→ 140 kilomètres de ligne à grande vitesse
→ près de 11 millions de voyageurs attendus
→ 2 routes est-ouest (Paris-Mulhouse) et nord-sud (Strasbourg-Méditerranée)
→ 2,5 milliards d’euros d’investissements pour l’infrastructure, financé par l’État, les collectivités et RFF
→ 1,2 milliard d’euros investis par la SNCF pour l’achat de trente nouvelles rames, la construction de deux nouvelles gares, la rénovation de dix autres…
→ 42 circulations TGV quotidiennes depuis le 11 décembre
→ 1 million de voyageurs attendus dans les deux gares nouvelles.