Développement durable Le tourisme sera durable ou ne sera pas. Une assertion tout aussi valable pour le groupe. En plus des offres de randonnées, écologiques par essence, certains produits groupes qualifiés de "durables" voient le jour. Effet de mode ou tendance à long terme?
LE TOURISME de groupe durable est-il une réalité? La demande existe-t-elle vraiment? C’est sans doute du côté des groupes affaires que l’on trouve ce qui y ressemble le plus. Dans les programmes qui leur sont destinés sont en effet intégrés de plus en plus d’éléments liés au développement durable. L’hébergement par exemple. “Outre la qualité et le niveau haut de gamme de nos prestations, ce qui intéresse les entreprises chez nous, affirme Stéphane Dufils, directeur du Camping les Moulins 5*, positionné sur le durable, c’est le respect de l’environnement que nous prônons.”
La demande des individuels pourrait aussi stimuler celle des groupes loisirs. Si, sur le site de Voyages Piel, un onglet “Tourisme solidaire” apparaît, c’est parce qu’il y a trois ans une demande pour du tourisme durable a vu le jour du côté des individuels – 55-65 ans – anciens éducateurs, enseignants, fonctionnaires, avides d’originalité, sensibilisés au développement durable et ayant les moyens de s’y intéresser. Ludovic Boinet, directeur commercial chez ce voyagiste, évoque aussi les 40-45 ans, visiblement motivés par ce type de produit. “D’ordinaire, ils se débrouillent tous seuls mais dans cet univers encore nouveau et méconnu, ils peuvent préférer se faire aider”, explique-t-il. Cette demande, même modeste, serait déjà fructueuse. “Les villages Chouette, qui sont l’un de nos deux partenaires durables, explique François Piot, pdg du Groupe Piot Prêt à Partir, sont aussi très axés sur la qualité, ce qui nous permet d’augmenter le taux de réservations.” Franck Noël, commercial groupes chez VVF, est tout aussi positif. Dans la brochure est intégrée une semaine thématique bien nommée “Séjour développement durable”. “Et elle y figure depuis 2009… Si elle n’intéressait pas nos clients, elle aurait disparu. Certes, nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements, mais c’est déjà un bon début”.
Du côté des produits, divers sites de visites axés sur la thématique durable existent déjà, notamment en France: le Naturoptère, le Parc Eana, le Bioscope, Terra Botanica, le Jardin Mosaïc, etc. Des zones protégées s’équipent aussi de “Maison” du parc ou de la réserve, et des parcs animaliers s’engagent dans la préservation des espèces. Des destinations en France (Bretagne, Picardie, Auvergne, Paca…), comme à l’étranger (Costa Rica, Mali, Afrique du Sud…) se positionnent et investissent ce secteur. Les hébergements aussi s’impliquent indépendamment ou au sein de chaînes, créant des chartes de bonne conduite. Bref, même si elles apparaissent encore embryonnaires, l’offre et la demande existent. Mais se rencontrent-elles?
Du côté de la demande, les mentalités constituent encore le principal obstacle. Certes, pas moins de “86 % des Français seraient prêts à adopter un comportement d’éco-consommateur sur leur lieu de vacances”, selon les résultats d’une enquête publiée en février par Atout France. Mais entre les bonnes intentions et la réalité, il existe un fossé, peut-on lire aussitôt en guise de commentaire. Le tourisme solidaire, par exemple, axé sur la rencontre avec la population locale, nécessite de s’imprégner peu à peu des conditions d’existence de ses hôtes. Or, nombre de voyageurs ont encore en tête de voir le maximum de choses en un minimum de temps. Le manque d’informations diffusées auprès du grand public sur les produits durables est aussi un problème. Il n’existe pas vraiment de label qui puisse l’aider à distinguer le vrai du faux notamment.
Enfin, le coût supposé plus élevé d’un voyage “durable” par rapport à un séjour classique, représente, dans l’esprit du consommateur potentiel, une autre entrave. Stéphanie Mages, responsable de la communication à l’OT de Croatie, le confirme: “Aujourd’hui, cette différence de prix est bien réelle dans la majorité des cas.” Pour Benjamin Samaha, responsable du site et du guide de Tourisme Ecolo Bio, qui recensent les meilleurs hébergements écologiques en France, il s’agit généralement d’une idée fausse contre laquelle il faut lutter. La seconde concerne le manque de confort qui serait inhérent aux hébergements durables. Thomas Sorrentino, de l’ancien Carmel de Condom, réfute cela aussi: “Le durable ne va pas à l’encontre du bel hôtel avec piscine, même les grandes chaînes peuvent s’y mettre. Il s’agit avant tout d’une volonté, celle de limiter l’impact d’une génération à l’autre.”
Côté offre, c’est surtout la production de ce type de produit, qui semble poser problème. “Pour créer un voyage responsable, insiste Jean-Pierre Lamic, directeur de l’Association des voyageurs et voyagistes écoresponsables, l’organisateur doit connaître parfaitement les lieux pour trouver des alternatives et choisir le plus durable sans se laisser imposer une solution.” Et cela peut prendre du temps, d’autant que les prestataires de qualité ne semblent pas faciles à identifier. “À l’origine des produits durables intéressants, il y a souvent des passionnés qui n’ont pas toujours en tête la nécessité de marqueter leur offre, de la promouvoir”, ajoute le spécialiste. Pour les professionnels, un label crédible serait donc utile pour compenser cette atomisation de l’offre. Ce sont parfois les intermédiaires eux-mêmes, commerciaux comme dirigeants, qui constituent une entrave à la vente, par manque de compétence dans ce domaine. “Pourtant, nous avons organisé des formations en interne, nous avons sensibilisé notre personnel à cette démarche”, explique François Piot, qui ne voudrait pas passer à côté de cette clientèle. Si la communication fait défaut, c’est plus sur sa nature que les professionnels s’interrogent: faut-il vendre, frontalement, des produits durables estampillés comme tels? “Lors d’un colloque sur le tourisme durable organisé par Atout France, confie Jean Michel Geneteau, directeur de l’OT d’Angers, nous nous sommes accordés sur le fait qu’il ne fallait pas baptiser durables nos produits, même s’ils avaient été pensés ainsi. Les clients sont partants a priori, mais paraissent l’être moins une fois au pied du mur.” Ces produits sont donc désormais intégrés à la brochure dédiée aux jardins et à la botanique de l’OT. Les produits proposés ont parfois aussi l’inconvénient de s’adresser aux petits groupes ou aux groupes potentiellement divisibles. Un des principes de base du tourisme durable est effectivement que le groupe reçu soit à la mesure du territoire hôte. Ce qui n’empêche pas bien sûr d’accueillir de grands groupes là où ils peuvent être gérés.
Pour que ces produits deviennent rentables, il faudrait que les volumes soient au rendez-vous. Les actions menées aujourd’hui par la profession en faveur du tourisme durable sont donc considérées comme un vrai investissement. “En Picardie, nous accueillons de nombreux visiteurs venus du Nord de l’Europe, expose Vincent Delaitre, des voyageurs pointilleux dans ce domaine. Nos réceptifs se doivent donc d’être très vigilants, pour conserver cette clientèle.” C’est une sensibilisation de plus en plus large qui va également motiver les professionnels. “Aujourd’hui, les groupes ne viennent pas chez nous parce que nous sommes positionnés sur le durable, mais surtout parce que nous proposons une approche nouvelle et originale des insectes”, reconnaît Joseph Jacquin-Porretaz, responsable du Naturoptère, un site dédié aux insectes et à la nature.
Autre bonne nouvelle pour les acteurs du tourisme de groupe, des spécialistes du durable prennent leur défense. “Les groupes ne doivent pas être stigmatisés, avance Jean-Pierre Martinetti, car avec eux on peut gérer les flux touristiques, beaucoup plus aisément qu’avec les individuels incontrôlables qui peuvent avoir, de surcroît, un impact plus négatif au bout du compte sur l’environnement.” À cet effet, Jean-Pierre Lamic rappelle que 80 % des dégradations sont dues aux touristes individuels et non aux groupes. La présence d’un médiateur au sein du groupe permet d’encadrer au mieux les comportements. Paradoxalement, les volumes que représentent les groupes peuvent aussi constituer un atout. “Prenez l’exemple de touristes en groupe arrivant à Sally au Sénégal, expose Benjamin Samaha, si, au lieu de coloniser la plage, ils décident de sortir de leur club pour aller dépenser dans les échoppes locales ou acheter en direct des excursions aux réceptifs locaux, il s’agira d’un premier pas vers le tourisme durable dans le sens d’un partage avec la population, et ce, pas multiplié par autant de groupe, c’est toujours ça de pris!”
Ce développement du tourisme durable pourrait tomber à pic pour les groupistes dont la clientèle est en mutation. Exemple avec le minigroupe, très en vogue, ou le groupe à effectif réduit, qui est presque devenu la norme. Les deux s’accordent bien avec le tourisme durable qui s’est surtout, pour le moment du moins, développé pour un nombre limité de participants. Les jeunes, plus sensibles au développement durable, pourraient aussi lorgner sur ce qui est proposé dans ce domaine par les professionnels. Ludovic Boinet a d’ailleurs vu des 30-45 ans, prêts à franchir le pas vers les groupes, d’amis notamment, pour pouvoir voyager durable. Bref, ce type de tourisme représente une belle occasion pour les acteurs de ce secteur de redorer leur blason vis-à-vis d’une clientèle qui leur reste à capter.
“Nous avons mis en place le tout inclus pour les boissons durant les repas en réponse à une demande de nos clients qui ne trouvaient pas pratique de devoir payer leurs boissons à chaque fois. Nous n’irons cependant pas plus loin vers de l’open bar complet. Je ne pense pas que ce soit une bonne solution, au contraire même. Outre le fait que les boissons perdent souvent dans ce cas en qualité et que les serveurs sont débordés par les commandes, je pense que tout devient très différent au niveau de l’ambiance. On ne descend plus à quai pour déguster un bon ouzo dans un cadre convivial et local. Et, du coup, en prime, lorsqu’on se décide à le faire finalement, on se fait presque arnaquer dans le café du coin.”
Éric Collange, directeur des ventes de CroisiEurope
Le livre vert du Snav recense les différents labels et institutions affichant une démarche durable.
L’écolabel Services d’hébergement touristique pour les hôtels en France et en Europe.
La Clef Verte pour toute la France et à l’étranger, avec, en France, 654 hébergements dont 288 campings, 265 hôtels, 74 gîtes et chambres d’hôtes, 8 auberges de jeunesse, 19 résidences de tourisme.
Chouette nature, lié à Cap France, avec 47 villages de vacances.
L’ATR, une certification créée par l’Association des tour-opérateurs thématiques (qui regroupe des opérateurs du tourisme tel qu’Allibert, Atalante, Chamina, Comptoirs des Voyages et Voyageurs du Monde).