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Et l’Homme créa

La Rioja

Destination | publié le : 01.02.2012 | Dernière Mise à jour : 01.02.2012

Auteur

  • Stéphane Jarre

Œnotourisme Rioja Baja, aux confins de la Navarre, Rioja Alta, dans la région de la Rioja, Rioja Alavesa, au Pays basque. C’est en fait le long du cours de l’Ebre que les vins parmi les plus réputés d’Espagne sont produits. Produits? Non, mis en scène! Et quel spectacle!

OUT le monde le sait: ce ne sont pas des journalistes qui ont écrit ces vieilles histoires de pomme croquée, de serpent baratineur et autres légendes bien compliquées, comme il se doit quand il s’agit d’Orient. En fin de compte, tout ça est d’ailleurs invérifiable. En revanche, ce qui suit est tout à fait prouvé. Il suffit d’aller sur place. Parce que la vraie histoire, la voilà. Le monde ne s’est pas fait en un jour, nous en sommes bien d’accord. C’est après que cela diverge. Parce que Dieu prit bien plus de temps pour tisser sa toile terrestre que ce que d’aucuns ont rapporté. Dans ce coin d’Espagne, Il avait déjà déposé des hauteurs déchiquetées, que certains se plurent à nommer Pyrénées. Dans son esprit, il s’agissait de permettre aux uns et aux autres, de part et d’autre, de se voir venir, de s’observer, voire de se copier ou de s’envahir. Chacun sait que Dieu reconnaîtra les siens, mais c’est une autre histoire. Bien sûr, Dieu se dit qu’il y avait mieux à faire, et bien d’autres raisons supplémentaires, que de prolonger cette chaîne-là tout autour de la planète. Donc, Il leva son burin et plaça d’un côté un océan fort tourmenté, et de l’autre, une grande piscine plutôt surchauffée, avec chaises longues et voiliers. D’un côté, Il fit se lever des vents chargés d’embruns, de l’autre remonter des brises parfumées de fleurs et d’ambre solaire. Puis, Il se gratta la tête: que mettre en bas? Il avait déjà le nord hérissé de pics, l’ouest avec de grandes marées et l’est avec de l’eau chaude à volonté. Il lui fallut donc trouver une autre idée, moins trempée. Ce furent donc des hauts plateaux, secs comme un portrait d’El Greco, brûlants l’été, glacés l’hiver, avec quelques montagnes pas mal rabotées. Ceci étant fait, Il s’aperçut qu’il manquait une pièce à son puzzle, qui ferait la jonction entre tous les joyaux de sa création. Mais Il se trouva à court d’inventivité. Et puis voyant le Pays basque, la Castille-Léon, l’Aragon, les Pyrénées et tout ce qui s’en suit, Il se dit qu’Il avait déjà fait plus que sa part. C’est alors qu’Il appela quelques-unes de Ses vieilles créatures à la rescousse. Il leur tint à peu près ce langage: “Je vous ai fait peu ou prou à mon image, à vous maintenant d’inventer un monde qui vous ressemble ici bas. Je vous laisse cet endroit au carrefour de Mes inventions. De cette Rioja, vous ferez ce que le meilleur de vous-mêmes vous inspirera. Mais n’oubliez pas que Je n’aurai de cesse de vous envoyer des nouvelles de mes créations alentours, en vous expédiant mes embruns du Golfe de Gascogne, mes évaporations méditerranéennes et mes températures extrêmes de la Castille.” L’Homme et la Femme s’en rendirent compte, mais en prirent leur parti. L’Humain étant ce qu’il est, il ne l’intéressait guère d’aller titiller les cieux, les Pyrénées s’en chargeant déjà. Ils se contentèrent de collines pas trop escarpées, mais tournées de manière à suivre les mouvements de l’astre solaire. Et ça leur plaisait bien. Côté couleurs, l’Homme trouva que Dieu avait déjà suffisamment forcé sur le vert côté Atlantique. La Femme constata que tout le bleu avait été utilisé pour la Méditerranée et que la Castille était déjà abonnée au jaune. À eux deux, ils décidèrent alors d’apporter leur propre touche à l’affaire, en ajoutant du noir et du clair aux couleurs criantes des voisines. Ils attendrirent ainsi le vert, grisèrent le bleu à la manière des ardoises et remplirent les jaunes de blanc pour donner toutes les nuances d’ocres et de beiges. Comme ils purent le constater du haut de la Sierra cantabrique ou de ce promontoire d’El Cieglo, qui sépare la partie navigable de l’Ebre de celle qui ne l’est pas, l’ensemble était très harmonieux, sans artifice ni prétention, juste dans le ton, quoique un peu austère.

C’est ainsi que la Rioja, y compris dans ses débordements basques et navarrais, se présente aujourd’hui tout en nuances reposantes. D’ailleurs, hommes et femmes en furent si satisfaits qu’ils construisirent leurs villages dans ces mêmes teintes d’ocres et de gris, de mauves et de bruns vieillis.

Ayant donné à Dieu son content de gravité â€“ encore faudrait-il mentionner ici ces quantités d’églises aux retables admirables bien qu’insistant sur le martyr, cette abondance de chapelles, chemins de Compostelle oblige, ces statuaires douloureux comme dans l’église de San Vicente de la Sensoria où plusieurs fois l’an les membres de la confrérie vont en procession, se flagellant le dos et ne trouvant grâce qu’en soulageant leurs hématomes dorsaux par des saignées, cet art roman dépouillé mais néanmoins audacieux comme cette chapelle octogonale de la Navarre â€“, les humains se dirent qu’ils pourraient se faire moins sévères dans leurs assiettes. Et c’est ainsi qu’ils les remplirent de filets d’agneau de lait en sauce, de queues de bœuf aussi tendres que ses joues, de tripes en pelote, de poivrons adoucis dans l’huile d’olives, d’asperges délicates, de petits pois fondants, de poireaux alanguis et de cœurs de laitue délicieusement croquants.

Il n’était donc pas question de s’arrêter en si bon chemin. Puisque Dieu leur avait envoyé toutes sortes d’influences climatiques, il eut été dommage de ne pas y planter un jardin tout en nuances et en diversité sans trop choisir entre potager et verger.

Mais chacun en conviendra, on a vu plus joyeux qu’un brocoli et moins planqué qu’une truffe de Navarre. Pour se fendre la poire et socialiser entre deux tapas et davantage de bodegas, les humains optèrent pour le vin. Et c’est ainsi que, sous ses allures austères, La Rioja s’est transformée en vignoble, virant à l’automne du vert au rouge et jaune, comme en hommage à la royale Espagne, négociant avec le soleil et de sombres nuages venus de Cantabrie un éclairage valorisant, qui transforme le vert jauni des raisins en or et le noir des autres grappes en rubis de grande densité. Et c’est ainsi que naquirent de grands produits, des vins reconnus par toutes les créatures averties de la terre.

Les raisins portent des noms qui roulent comme un ruisseau de pierres, et chantent comme un visiteur enjoué par une série de dégustations dans les bodegas les plus incroyables et pourtant bien là: tempranillo, garnacha, graciano, mazuelo, auxquels s’ajoutent des noms bien connus outre Pyrénées, cabernet-sauvignon, Merlot, chardonnay… Après avoir travaillé d’arrache-pied, les vignerons se firent épicuriens, partageant amicalement leur création avec des visiteurs qui savent qu’ils trouveront là, en pays Rioja, un avant-goût de paradis. Ce n’est pas seulement ce qui se dit, c’est aussi ce qui se vit par ici.

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