Stationnement Le site du Mont-Saint-Michel se réorganise pour lutter contre l’ensablement de la baie et va ouvrir un gigantesque parking payant situé sur le continent. Le nouveau lieu de dépose et le temps supplémentaire pour accéder au Mont agacent les autocaristes et les tours opérateurs.
LE 28 AVRIL prochain, le système actuel de stationnement au Mont-Saint-Michel aura vécu. Fini le parking gratuit au pied des remparts. Dans le cadre des travaux d’aménagement destinés à restaurer le caractère maritime du Mont en luttant contre l’ensablement de la baie, autocars et véhicules particuliers devront, à compter de cette date, utiliser un nouveau parking situé sur le continent, près du lieu-dit La Caserne. De là, les passagers marcheront ou prendront des navettes pour accéder au Mont éloigné d’environ 2,5 km. Pour les autocars, il en coûtera 55 euros par jour incluant l’accès à un quai de dépose sinon facturé 15 euros.
Mais il faudra débourser 15 euros en plus pour revenir charger les clients à ce quai, du moins selon la grille de tarifs éditée par l’opérateur du parking et des navettes, Veolia Transport Mont-Saint-Michel, une société dédiée du groupe Veolia. Un surcoût qui ne fait pas l’unanimité même au sein des concepteurs du projet. “Nous avons un débat sur ce sujet avec Veolia car cette facturation de la reprise nous paraît superflue”, déclare Cyril Fouquet, responsable mobilité et accueil des publics au sein du Syndicat mixte baie du Mont-Saint-Michel.
Comptant 100 places, ainsi qu’une salle pour les chauffeurs dont l’équipement intérieur n’a pas encore été défini, l’emplacement destiné aux autocars est en effet situé 300 mètres plus loin, au-delà des places pour les voitures. Les touristes trouveront sur ce parking des toilettes et un centre d’informations touristiques sur la baie et les moyens d’accès au Mont. Un éloignement qui va bien entendu rallonger la durée de visite du site. D’autant que le point d’embarquement de la navette ne se trouvera pas juste à côté du parking mais près du barrage construit sur le Couesnon, à 750 m du quai de dépose, et à 1 050 m du parking autocar, soit vingt minutes (au minimum!) de marche. Seuls les handicapés munis d’une carte d’invalidité auront à leur disposition un minibus les amenant directement du parking au Mont.
Conséquences, autocaristes et voyagistes vont donc être obligés de revoir certains de leurs programmes s’ils veulent tenir les horaires et respecter les temps de conduite des chauffeurs. Les grands gagnants pourraient être les restaurants de La Caserne, proches du point de départ des navettes, où les autocars pourront stationner pendant que les groupes déjeunent et visitent le Mont.
Pour rallier les navettes depuis le parking, les touristes auront le choix entre trois parcours traversant un parc paysager de 45 000 arbres et arbustes. Tous seront jalonnés de panneaux explicatifs sur l’histoire et la richesse patrimoniale du site. Le plus à l’est, baptisé La Lisière, longera les polders et procurera une vue continue sur le Mont-Saint-Michel. Celui du centre passera les boutiques, restaurants et autres commerces. Plus à l’ouest, le parcours, nommé Allée du Couesnon, longera cette rivière qui fait office de frontière entre la Normandie et la Bretagne. Aucun n’étant couvert, les vendeurs de parapluies et d’imperméables ont de beaux jours devant eux.
Gratuites, les navettes réversibles d’une capacité de 95 passagers mettront six minutes pour atteindre le Mont et circuleront à une fréquence variable selon les heures et les jours. De toutes les trois minutes en haute saison, soit en juillet-août et à l’occasion de certains ponts, à toutes les dix minutes en basse saison, de novembre à mars. “Dans la journée, la période où elles seront les plus fréquentes sera entre 10 h et 12 h, le créneau horaire où il y a statistiquement le plus de visiteurs”, précise Cyril Fouquet. Point important, le passage ne pourra être réservé contrairement au second moyen de transport prévu pour accéder au Mont, des navettes hippomobiles de 50 places tirées par des chevaux de trait, les Maringotes, qui coûteront 6,50 euros pour l’aller-retour et feront le trajet en quinze, vingt minutes. Dernière option, la marche à pied le long des quelque 2 km de la digue.
Ces navettes motorisées ou hippomobiles s’arrêtant à 350 mètres du Mont pour accéder au site et en revenir devraient donc demander au minimum 1 h 30 de plus qu’aujourd’hui. Dans le meilleur des cas, s’il n’y a pas de file d’attente pour embarquer dans la navette. Un risque à ne pas négliger, surtout dans les premiers mois, le temps que le système se rode.
Avant le 28 avril, aucun changement, mais il est possible que le parking actuel soit fermé certains jours pour cause de travaux. Dans ce cas, les autocars pourront toutefois stationner sur le parking voitures et l’emplacement qui leur sera réservé sera situé au plus près des remparts, il n’occasionnera alors aucune perte de temps.
Trois professionnels répondent aux questions de Tourisme de Groupe sur la mise en place de ce nouveau système d’accès au Mont-Saint-Michel:
Richard Goblot, directeur de Cityrama
David Hernandez, directeur commercial et logistique du groupe Savac
Jaana Goudier, responsable nouveaux produits et opérations chez Miki Travel
Que pensez-vous du nouveau système de stationnement et d’accès au Mont-Saint-Michel qui entrera en vigueur fin avril 2012?
Richard Goblot: Nous comprenons bien la nécessité de la mise en place du nouveau système qui participera globalement à une meilleure mise en valeur du Mont-Saint-Michel. Mais la priorité a plutôt été donnée aux véhicules légers dont le parking sera plus proche des navettes que le parking autocars. Le temps de trajet à pied sera donc allongé, ce qui dans certaines circonstances météorologiques et pour certaines catégories de visiteurs sera un handicap à la qualité de la visite du site. Néanmoins, la perception globale du Mont-Saint-Michel sera vraiment améliorée.
David Hernandez: C’est une bonne chose de préserver le caractère maritime du Mont et il est difficile de juger alors que ce n’est pas encore entré en vigueur. Toutefois, pour nous autocaristes, les conséquences sont à première vue négatives. Cela va engendrer des heures supplémentaires qu’il va falloir facturer et donc compliquer les relations commerciales avec les clients.
Jaana Goudier: Nous ne sommes pas contre ce projet de réaménagement de la baie qui est magnifique mais contre le fait que les groupes doivent marcher du parking aux navettes d’autant que la distance est importante. Nous avons une clientèle qui compte beaucoup de personnes âgées et cette marche forcée sera mal venue en hiver et par mauvais temps.
Ses concepteurs vous ont-ils consultés?
Richard Goblot: Nous avons été régulièrement informés des grandes lignes du projet. Nos remarques, notamment pour prévoir une zone dépose/reprise des visiteurs en autocar, n’ont cependant pas été retenues.
David Hernandez: Non, contrairement à certains TO. Ce sont d’ailleurs nos clients qui sont les premiers venus vers nous en s’inquiétant du nouveau dispositif.
Jaana Goudier: Oui, nous avons participé à toutes les réunions sur le sujet ainsi qu’à l’éductour récemment organisé par le Centre des monuments nationaux. Avec les autres agences japonaises, nous avons par ailleurs rencontré les élus locaux à Paris et à Caen pour leur faire part de notre souci quant au problème de dépose. Mais ceux-ci et le conseil régional de Normandie ne semblent pas vouloir modifier le dispositif prévu. Le Syndicat mixte de la baie du Mont-Saint-Michel, le conseil régional de Bretagne et l’abbaye comprennent notre problème.
Quelles vont être les conséquences? Allez-vous devoir modifier vos excursions au Mont-Saint-Michel et de quelle manière?
Richard Goblot: Il est très difficile de rallonger la durée d’une excursion au départ de Paris, déjà longue. C’est le temps de visite sur le Mont qui devra être raccourci.
David Hernandez: Nous avons beaucoup de clients asiatiques qui au retour dînent dans Paris avant de regagner l’hôtel. Si l’excursion au Mont-Saint-Michel prend plus de temps, en fonction de la distance entre l’hôtel et le dépôt, nous pourrions avoir des problèmes d’amplitude de conduite même avec un double équipage.
Jaana Goudier: Vraisemblablement. Sinon, l’excursion depuis Paris qui jusqu’alors demandait 13 h va passer à 14 h 30. Voire plus si l’on est obligé dîner en route ou dans Paris, car les hôteliers de la capitale sont réticents pour servir des repas aux groupes après 21 h 30. Cela risque donc de poser un problème avec l’amplitude de conduite des chauffeurs. Par ailleurs, cela va engendrer des surcoûts au niveau de l’autocar et du guide qui va travailler plus longtemps et nous allons devoir les répercuter sur le prix de l’excursion. Il va peut-être aussi falloir changer les horaires de départ pour ne pas arriver en même temps que tous les autres autocars en provenance de Paris, ce qui engendrerait de l’attente aux navettes et encore plus de perte de temps. Par ailleurs, il est possible que ce nouveau système ait une influence négative sur le nombre de visiteurs japonais. Cependant, le Mont-Saint-Michel restera forcément un site qu’ils veulent voir. Mais vu la conjoncture économique actuelle et la crise, certains sont susceptibles de ne pas pouvoir ou de ne pas vouloir payer plus, même si la hausse sera modérée.