Nouveauté On connaissait Dubrovnik l’été, son coude à coude dans les ruelles envahies par les touristes. Les autorités touristiques croates entendent prolonger la saison sur l’automne-hiver. Autre temps, autre ambiance.
POURQUOI faudrait-il cantonner le succès à quelques mois d’été quand il est possible d’offrir le même produit en automne-hiver, chaleur et plages en moins, certes? C’est la question à laquelle les autorités croates ont choisi de répondre en promouvant Dubrovnik comme destination d’hiver. Croatia Airlines a suivi, ouvrant des liaisons directes entre le terminal 1 de Roissy-Charles-De-Gaulle et l’aéroport situé à une quinzaine de kilomètres au sud de la grande ville la plus méridionale de la côte dalmate (voir Tourisme de groupe, no 9). Et sur place?
Le ciel est d’azur et la mer d’un bleu profond. Le soleil est au rendez-vous en ce week-end du 11 novembre, mais le vent, venu du Nord-Est, refroidit la température. Dans la journée, la lumière est éclatante, comparable à ce qu’offrent par très beau temps l’Andalousie ou la Haute-Provence. Nul besoin de luminothérapie si l’on vient passer quelques jours ensoleillés sur les bords de la mer Adriatique. Mais manteaux et foulards ne sont pas superflus. Une montre aussi, pour ne pas louper les horaires d’ouverture restreints de la basse saison, à l’image de ceux du célèbre téléphérique qui part – mais que jusqu’à 16 h 30 – à l’assaut de l’aride montagne qui précipite Dubrovnik à la mer. Tout en haut, la vue splendide sur la vieille cité blottie entre ses énormes remparts, les déchirures de la côte dalmate et les contreforts de la Bosnie-Herzégovine juste derrière, rendent l’excursion inévitable, même à 80 kunas (un peu plus de 10 euros) l’aller-retour en téléphérique. Il est vrai que le soleil ne joue pas non plus les prolongations et qu’après 16 h 30 la nuit s’empare rapidement de la cité après l’avoir trempée dans les orangers du couchant. Et les touristes? Ils n’ont aucun mal à prendre possession de la ville, même si deux ou trois bâteaux de croisière font escale dans l’un ou l’autre des deux ports de Dubrovnik. Avec moins de 1 000 habitants dans la vieille ville – et plutôt d’ailleurs sur ses hauteurs – les croisiéristes n’ont aucun mal à avoir l’avantage du nombre. Pour autant, même avec 3 000 ou 4 000 visiteurs au même moment, la ville reste largement accessible aux promeneurs, qui aiment à flâner dans la grand’rue ou à se laisser bercer par les vaguelettes qui clapotent contre la coque des bateaux amarrés dans le vieux port. C’est probablement là, dans cette faible densité de touristes, que réside le principal intérêt de visiter Dubrovnik hors saison. Sinon, avoir la ville presque que pour soi relève de l’exploit.
La ville, parlons en justement, toute ripolinée, avec ses pavés luisants de propreté, ses façades couleur crayeuse et ses massifs remparts ocre pâle. Le dédale de ruelles, les escaliers en pierre, où la verdure vient parfois se nicher, la multitude de vues imprenables, les barques qui se trémoussent dans le port ont tout pour séduire les romantiques. Les nouveaux mariés du samedi n’ont pas à se rendre bien loin pour immortaliser leur grand jour.
Et les touristes? Les touristes peuvent flâner d’une porte à l’autre de la cité, en empruntant la Placa encore appelée Stradun, marcher sur les remparts, goûter aux glaces locales si le vent ne s’est pas déjà chargé de les rafraîchir, se laisser tenter par quelques boutiques, vendant des spécialités locales, de l’huile d’olive aux écorces d’agrumes confites en passant par les vins de la région, plutôt chers d’ailleurs, ou par des galeries d’art, s’ils trouvent les œuvres à leur goût. Quelques masques de carnaval par ci, quelques broderies par là, et voilà des souvenirs faciles à rapporter chez soi. Le croisiériste ne manquera pas sa navette pour regagner son gros paquebot au mouillage et le touriste à terre trouvera toujours à compléter sa connaissance en profitant d’une visite guidée de la vieille cité, capitale de la République de Raguse, ou en s’informant à travers un sketch comique et musical, comme le propose Travel Europ.
C’est à Napoléon Bonaparte que la citadelle dalmate doit d’avoir été intégrée, en 1809, à ce qui allait devenir plus tard la Croatie, ce drôle de pays qui ressemble, sur la carte, à une déesse ailée s’élançant vers la mer Adriatique. À ses pieds donc, Dubrovnik a fait la fière. L’ancienne Raguse a su finement jouer la carte diplomatique, payant son tribut aux conquérants, ottomans ou hongrois, pour conserver sa liberté. Cette liberté, entre le XVe et le XIXe siècle, lui permit de concurrencer Venise, avec plus ou moins de succès, dans le commerce entre l’Est et l’Ouest de la Méditerranée, grâce à une flotte marchande conséquente. C’est en étudiant le riche passé de Dubrovnik et d’autres cités dévolues au commerce international que le célèbre historien Fernand Braudel perçut les débuts de la mondialisation de l’économie. De ce passé florissant dans un monde rempli d’envahisseurs, il ne reste pas que les énormes remparts érigés entre le XIIe et le XIVe siècle. Il y a aussi de magnifiques bâtiments civils et religieux, résidences des très aristocratiques dirigeants de la République de Raguse ou lieux de culte de la solidement ancrée église catholique. Ce bel exemple d’urbanisme médiéval tardif, ces richesses de style baroque ou Renaissance ont fait de “la perle de l’Adriatique” un site classé au patrimoine de l’Unesco. C’est cette institution qui a supervisé la réparation de la ville très endommagée pendant la guerre de désintégration de la Yougoslavie, en 1991/1992.
Depuis cette époque, la ville n’a pas encore retrouvé ses capacités hôtelières d’antan. Elle n’en compte pas moins, hors des remparts, un bon nombre d’hôtels, généralement avec des centaines de lits et construits dans les années 70, de qualité et de prix variables. Même si la destination “prend”, son offre hôtelière reste accessible durant sa basse saison et propose de plus en plus une option “spa et bien-être” pour faire oublier la plage. Des incentives, qui trouvent à Dubrovnik des propositions intéressantes, peuvent toutefois faire varier le taux d’occupation, donc la marge de négociation. Quant à la restauration, elle a, dans certains établissements, des progrès à faire en termes de rations, de service et de qualité pour faire honneur à la gastronomie croate, autre thématique chère aux autorités touristiques du pays.
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"Je n’étais pas retourné à Dubrovnik depuis vingt ans et j’ai pu apprécier son évolution. Le climat était au rendez-vous. Mais je pense que les Croates ont encore beaucoup à faire pour favoriser l’accueil des touristes. Quand la visite des remparts ou la montée en téléphérique n’est plus possible dès le milieu de l’après-midi, on peut penser qu’il y a des efforts à faire. Les commerces aussi, dont l’offre est un peu légère. Pour moi, trois jours semblent suffire, en complétant par la journée à Dubrovnik par des visites aux alentours. Surtout, je n’ai pas ressenti une implication de l’office de tourisme, notamment pour accueillir ce groupe d’agents de voyages. Nous pouvons vendre la destination, mais les Croates doivent y mettre du leur."
Une journée complète consacrée à Dubrovnik suffit. Il est bon de s’aventurer dans ses alentours, aux salines de Ston, par exemple, qui ont contribué à enrichir le commerce de Raguse, dans la plaine de Konavle, où les activités agricoles sont encore vivaces et les fermes proposent des dégustations de produits locaux. L’artisanat de la soie présente également un certain intérêt. Des agents de voyage suggèrent aussi d’associer Dubrovnik aux Bouches de Kotor, dans le Monténégro voisin.
Enfin, si l’attente à l’aéroport est suffisante, une descente en musique dans la grotte qui se trouve juste en dessous de l’aérogare offre un dernier souvenir de la région.