Marché Les prises d’otages du Sahel malmènent le tourisme en Afrique de l’Ouest. L’image de l’Afrique noire en pâtit. Pourtant, son tourisme continue de se développer. Pour les groupes, l’Afrique du Sud, la Namibie, le Kenya, la Tanzanie s’affirment comme de nouvelles destinations.
CLAUDE et Anne Sentennac repartiront-ils en Afrique noire? A 60 et 69 ans, ils sont de futurs clients rêvés pour la destination. Ils ne connaissent ni le Sénégal ni l’Afrique du Sud ni le Kenya, pays jusqu’ici “trop touristiques” à leurs yeux. Parmi leurs quinze derniers grands voyages, ils ont pourtant choisi six fois cette Afrique noire dont ils se sentent “amoureux”. La Namibie, par exemple, les a éberlués. Retraité de chez IBM, ancien responsable du comité d’entreprise, Claude a organisé lui-même leurs trois dernières escapades, aidé par une agence de Ouagadougou rencontrée au Burkina Faso avec Nouvelles Frontières. Le couple est allé au pays Dogon au Mali. Puis, ce fut le parc régional du W au Niger et au Bénin, ensuite Ouagadougou et ses alentours. Aujourd’hui, le couple de voyageurs qui “commence à vieillir” se tourne vers la formule groupe, plus tranquille. Ce sera bientôt l’Égypte avec Verdier Voyages (Rodez). Rejoindront-ils plus tard les grands pays touristiques de l’Afrique noire, ceux qu’ils n’ont justement pas visités? Oseront-ils le faire malgré la série d’otages français dans le Sahel, malgré l’humanitaire Michel Germaneau tué au Mali, les jeunes Antoine de Léocour et Vincent Delory, capturés à Niamey (Niger) et assassinés le 8 janvier? Les tour-operateurs eux-mêmes ne vont-ils pas se détourner de l’Afrique, décidément trop dangereuse?
Pour le moment, ils déclarent effectivement “toute activité touristique suspendue” dans les pays du Sahel. En novembre encore, cinq d’entre eux, La Balaguère, Clubaventure, Atalante, Allibert et Voyageurs du Monde, s’étaient rendus en “visite d’évaluation” dans le nord de la Mauritanie, région “fortement déconseillée” par le ministère des Affaires étrangères à la suite de l’enlèvement à Arlit (Niger) des sept salariés d’Areva. Ils avaient jugé “excessive et injuste” cette coloration rouge sur les cartes de la région d’Atar, au même niveau de danger que l’est de la Mauritanie et le reste du Sahel, au Mali, au Niger, dans le sud de l’Algérie et au Tchad. Le 13 janvier, changement de cap. La profession, à l’unanimité, a annoncé sa décision d’interrompre toute activité dans ces pays, lors d’une réunion d’urgence au ministère des Affaires étrangères. En Mauritanie, au Mali, au Niger, quand les territoires n’étaient pas marqués en rouge, ils sont passés du vert à l’orange: présence déconseillée sauf raison impérieuse.
Exemple parmi d’autres, Terres d’Aventure a arrêté de faire visiter le pays Dogon au sud du Mali. Il y a quelques mois, il avait déjà renoncé à ses destinations du Sahel: le sud algérien, le nord du Mali, le Niger et la Mauritanie. Même Maurice Freund, président de Point-Afrique Voyages, revendiquant 50 % du marché touristique français du Sahel, n’y fait plus atterrir un seul avion, sauf pour rapatrier ses clients en France. “Je ne suis pas un fournisseur d’otages”, a-t-il lancé. Il reporte à l’automne l’ouverture de sa nouvelle destination du Tchad. Dans le reste du Sahel, il ne veut pas reprendre le tourisme après l’intervention de l’Armée française au Niger le 8 janvier, Al-Qaïda au Maghreb Islamique refusant maintenant les voies de la négociation pour libérer les otages français. “Le rapt n’est plus le souci. La cristallisation à l’encontre des Français, tous considérés par Al-Qaïda comme étant les ennemis, risque de les mettre en danger de mort dans tous les pays du Sahel, particulièrement dans les capitales, à Nouakchott, Ouagadougou ou même Dakar. En effet, les prendre pour des cibles est beaucoup plus facile que d’organiser des kidnappings”, a expliqué Maurice Freund le 15 janvier au journal de TV5 Monde. Il espère néanmoins rester en Afrique, auprès des “centaines de familles” qui ont vécu du tourisme. Pour elles, il va transformer Point-Afrique en organisation de développement, à coup de projets financés par des dons. “Je ne sais plus fabriquer de recette touristique pour les faire vivre”, regrette-t-il.
Le MALI, grande victime touristique au Sahel
Le désert du Sahel, une fois interdit au touriste, affecte aussi les pays où il s’étend. Parmi eux, le Mali est sans doute le plus touché. “L’an dernier, la chute a été spectaculaire. Cette année, en janvier, j’avais un seul groupe, de trente personnes, il s’est décommandé. La saison est morte et le tourisme sans doute affaibli pour plusieurs années au Mali”, estime Renée Oberson, de l’agence Aboutours à Bamako. Aboutours ne travaille qu’avec la France et par internet. Au Mali, 80 % des touristes étaient Français. L’an dernier, le tourisme a d’abord chuté vers Tombouctou et Gao sur la route des régions incontrôlables du nord. Quelques groupes ont continué de se rendre un peu plus près, à Mopti et surtout au sud, vers le pays Dogon sans problème. Mais depuis quelque temps, les pressions sur les agences locales sont fortes. L’ambassade de France, qui a fait l’objet d’un attentat le 6 janvier, appelle les agences systématiquement en leur demandant d’éviter d’emmener des ressortissants français. À Bamako, les professionnels du tourisme ont demandé au gouvernement de sécuriser certains transferts. Mais la question n’est plus là. Les touristes français n’arrivent plus. Les Maliens projettent de se tourner vers d’autres marchés: l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, le nord de l’Europe. Certaines agences ont déjà fait des salons en Pologne.
Le Mali reste un pays de touristes par petits groupes, d’une dizaine de membres bien plus souvent que d’une trentaine. C’est davantage une affaire de spécialistes de l’Afrique que de groupistes. “L’Afrique de l’Ouest représente un beau défi cette année. Le Mali est en stand-by, c’est sûr! Mais quand on est amoureux d’un continent, on ne peut pas l’abandonner”, assure Corinne Bouillot-Bernard, la spécialiste de la production Afrique du groupe autocariste Ailleurs dans la région Lyonnaise. Elle pense proposer cette année pour l’Afrique noire, le Cameroun ou l’Ethiopie “mais pas à petits prix”, et pas dans sa production groupes. Elle songe aussi à développer le Bénin et le Burkina Faso “même si ce sera un peu plus difficile”. Pour ses produits de groupe, Ailleurs a choisi deux destinations: l’Afrique du Sud et la Namibie, “nouveauté, en vogue, très recherchée”. Le voyage est proposé en 13 jours, à partir de 3 990 euros, pour groupes limités à 14 personnes, tout par la route, en 4X4. “Une destination vraiment nature et très sûre”, insiste Corinne Bouillot-Bernard.
En Afrique de l’Ouest, par un effet d’amalgame, le Sénégal, voisin direct de la Mauritanie, peut-il être touché par la crainte d’Al-Qaïda et des enlèvements? Les tour-opérateurs ne paraissent pas inquiets. Le Sénégal reste, par exemple, la grande destination d’Afrique noire pour Salaün Holidays. “Elle continue de marcher très bien”, indique le directeur général, Stéphane Le Pennec. Le Groupe Ailleurs la vend toujours comme une destination balnéaire, “plus 3e âge”, comme la Tunisie. La Française des circuits y présente même des nouveautés et en fait “un des produits qui peuvent nous différencier des autres cette année”. Chez Aérosun, qui ne fait que du groupe, le Sénégal, reste la première destination. “On a du mal à y envoyer les gens une première fois mais ils y retournent, souvent dans le même hôtel. C’est la destination qui a le plus fort taux de retour parce qu’elle a tous les atouts: le balnéaire, le culturel, l’hôtellerie aussi, même si elle n’a guère été renouvelée. Elle souffre de la concurrence des destinations purement soleil et de l’explosion, par exemple, de la République dominicaine. Mais le Sénégal vaut mieux que cela, nous y croyons toujours. Il suffirait que le gouvernement investisse dans de la pub pour que ça reparte très fort. Il est vrai aussi qu’on n’y gagne plus beaucoup d’argent”, reconnaît Fabrice Margot, directeur commercial. Pour bien des tour-opérateurs, le Sénégal souffre bien plus d’un certain épuisement de son modèle économique que de l’insécurité de ses touristes. Le pays paie d’avoir été vendu comme une destination moyen-courrier en supportant les coûts d’un long-courrier.
LA NAMIBIE s’ouvre aux groupes
Au-delà de l’Afrique de l’Ouest, les récents événements dramatiques du Sahel, ainsi que les troubles politiques de Côte-d’Ivoire, auront, pour le moment, conforté une mauvaise image générale de l’Afrique plutôt que pénaliser une destination en particulier. “Nous sommes précautionneux sur la sécurité de nos voyageurs. L’Afrique reste un continent où il y a beaucoup de problèmes. Sitôt qu’il y a une élection, par exemple, il ne faut pas y aller”, relève Stéphane Le Pennec, chez Salaün Holidays. Le TO breton programme néanmoins l’Afrique du Sud, la Namibie, la Tanzanie, à nouveau le Kenya et même un grand tour Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud, à un peu plus de 3 000 euros. Mais il le fait pour présenter une diversité de productions, pas pour faire du volume. “Nous ne sommes pas sollicités en agence sur ces destinations et il y a tellement à faire sur d’autres axes”, avoue Stéphane Le Pennec. Dans le groupe Ailleurs, Corinne Bouillot-Bernard se retrouve sur la même longueur d’ondes mais tempère: “L’Afrique, ce n’est pas facile. Heureusement, grâce à certaines zones, on peut y faire du bon travail.” Et parmi ces zones, il y a avant tout l’Afrique du Sud.
Cette destination est maintenant établie, y compris chez beaucoup de purs groupistes comme Capital Tours, Transunivers. Syltours, pourtant spécialisé sur l’Asie et l’Amérique du Nord, la propose depuis peu pour 2 000 euros. Il propose aussi le Kenya et la Tanzanie “parce qu’elle est très authentique et superbe”. L’Afrique du Sud, c’est évidemment loin de représenter les volumes de l’Asie. Akilanga, un des trois réceptifs qui se partagent à peu près équitablement le marché touristique français en Afrique du Sud (avec African Eagle et Go Tourisme), reçoit 300 groupes par an. Ils arrivent surtout par l’intermédiaire de TO spécialisés. “L’Afrique australe a été assez épargnée tant par les troubles politiques, que climatologiques ou sanitaires, façon SRAS, au début de la décennie en Asie”, fait remarquer Mathilde Lamberdière, chargée du plateau Afrique au bureau de Paris. Elle voit la destination se développer encore pour les groupes. Ce n’est pas l’option de tous. En dépit de l’extrême richesse touristique de la destination, Aérosun, pur groupiste lui-aussi, ne s’y rend pas. Il est vrai qu’il prend place dans un pays en nouant des partenariats privilégiés avec des hôtels, et en réclamant des packs exclusifs à ses partenaires locaux. “L’Afrique du Sud, ça marche très bien mais, pour nous, il aurait fallu y aller il y a dix ans. Si elle fait rêver le client groupe, il est encore plus attiré, par le Kenya et la Tanzanie”, estime Fabrice Margot, son directeur commercial.
Dans le sillage de l’Afrique du Sud, la Namibie, et plus récemment le Bostwana, développent leurs marchés. La Namibie déjà pour le marché groupe français. Les combinés Afrique du Sud + Namibie se multiplient. Salaün Holidays, Ailleurs, Transunivers les programment, pour ne citer qu’eux. Pour les groupes, la Namibie ne se fait guère, d’ailleurs, qu’à partir de l’Afrique du Sud, Air Namibie ne proposant de vol direct de l’Europe qu’au départ de Francfort. “La Namibie a des capacités d’accueil restreintes. On ne trouve 30 ou 50 chambres qu’à certaines étapes seulement. En 10, 12 ou 15 jours au départ de Paris, le voyage passe par l’Afrique du Sud avec vol ensuite vers Windhoek”, explique Matilde Lamberdière chez Akilanga.
Mais la Namibie représente encore peu de choses en comparaison avec l’Afrique de l’Est, autre grand pôle de l’Afrique noire, en plein essor y compris pour les groupes. Le Kenya effectue son grand retour, après une saison 2008 gâchée par sa situation politique. Le pays a fait des efforts. Il a divisé le prix de ses visas par deux. Son image s’est restaurée. Il apparaît à nombre de professionnels français comme le “futur Sénégal”. “Même si l’Afrique noire ne représente pas les mêmes volumes que d’autres destinations dans le monde du voyage, les Français y vont beaucoup plus qu’il y a dix ans. Et le Kenya devient leur nouvelle destination soleil”, estime par exemple Jean Taibi, à la tête de trois agences de voyages à Reims. Le tour-opérateur African Safari Club, d’origine suisse, installé depuis quarante ans au Kenya avec cinq hôtels, ne partage pas cet avis. Lui-même constate l’envolée de la destination sur le marché français depuis un an ou deux. Il y participe. Il affrète un A330 Londres-Mombassa toutes les semaines qui fait un toucher une semaine à Paris, la suivante à Mulhouse. “Le charter a bien amorti nos coûts”, indique Éric Landry, son directeur commercial. Pour lui, le Kenya ne deviendra pas, malgré cela, le Sénégal. “Cette destination restera toujours un peu privilégiée parce qu’elle est comme l’Égypte, ses paysages et son patrimoine sont uniques. Les autorités politiques veulent certes la développer. Leur objectif est de disposer à moyen terme de 10 parcs nationaux alors qu’il n’y en a que trois. Elles ont fait voter une loi anticorruption unique. Mais en même temps, elles viennent de relever le prix des visas. Elles ne veulent pas brader leur capital touristique. Sur le marché français, le Kenya restera toujours une destination un peu plus chère.” African Safari Club surfe, pour le moment, sur la vague en misant sur la moyenne gamme, conscient aussi que “le personnel bien formé et abondant manque encore”.
La Tanzanie, juste au sud, est une autre destination en plein essor. Elle se développe par elle-même alors qu’elle était généralement vendue en combiné Kenya + Tanzanie. C’est ainsi ce que propose par exemple Syltours. Comme au Kenya, en Tanzanie, les safaris constituent le morceau de choix, les extensions vers Zanzibar apportant éventuellement un côté balnéaire. Là non plus, il ne s’agit pas d’une destination a priori destinée au marché de groupes. Mais des tentatives pour abaisser les prix (2 500 euros normalement) existent. Les bases des produits restent chères: les parcs, à la différence du Kenya, où l’on voyage en minibus, se font en 4X4. Chaque entrée, 50 dollars par personne, 40 par 4X4 compte pour le moins dans la facture. La Tanzanie entend tirer le maximum de ressources de ses parcs. Avantage, la destination est desservie par Ethiopian Airways, moins chère que KLM. Par ailleurs, une hôtellerie de moyenne gamme se développe (chaînes Moivaro, Elewana) sous forme, entre autres, de camps de tente. La Tanzanie, c’est le nouveau “combat”, de Jean-Michel Juloux, réceptif, spécialiste du marché francophone, qui a déjà œuvré au Sénégal, en Mauritanie et en Afrique du Sud. En Tanzanie, son agence réceptive s’appelle Savanna Tours et Safaris. Il se partage le marché français avec Léopards Tours. Jean-Michel Juloux propose des produits un cran moins cher que les tarifs habituels de la destination: plus près de 1 600 euros (1 580 euros sur une base d’un groupe de 7 personnes) que de 2 500 euros. “La Tanzanie a un fort potentiel. Les Français la connaissent encore très mal”, explique-t-il. Il vise les agences, les autocaristes, les groupistes “qui veulent se démarquer” et table au minimum sur 500 groupes par an. “Un pari intéressant parce que le marché a toujours besoin de nouvelles destinations. Surtout si, comme c’est le cas, elle est stable politiquement et sûre. La proposition peut aussi plaire parce qu’à ce niveau de prix, elle rejoint ce qui se retrouve d’une manière plus habituelle au Kenya. Il reste bien sûr à vérifier les prestations parce que la Tanzanie ne dispose pas a priori du niveau d’infrastructures du Kenya”, ajoute Fabrice Margot, chez Aérosun. En Belgique, près de liège, l’autocariste Léonard est convaincu par la destination. “Nous l’avions déjà en brochure. Je veux la proposer en voyage de noces et y emmener davantage de groupes”, explique Nathalie Walthoff qui se charge de la programmation. Après le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Kenya, la Namibie… la Tanzanie, bientôt vedette du tourisme de groupe en Afrique noire? Loin des marchés de masse. Pourquoi pas?
En 2010, d’après les chiffres du Ceto (Centre d’étude des TO), l’Afrique hors Maghreb a largement dépassé en nombre de voyageurs l’Asie, grande destination concurrente sur le long-courrier. L’Île Maurice domine. Le Sénégal, toujours important, est en baisse. Le Kenya fait quasiment aussi bien que La Réunion.
1 060 199 pax
Tunisie 601 193
Maroc 450 336
271 473 pax
Île Maurice 117 703 (+ 31 %)
Sénégal 49 855 (− 9 %)
La Réunion 28 493
Kenya 24 518
Cap-Vert 13 897
Seychelles: 12 094
Afrique du Sud 10 506
Tanzanie 5 571
Namibie 2 751
173 477 pax
Après la révolution politique, la révolution touristique? La Tunisie, qui vient de mettre à bas un régime dictatorial, revisite aussi son modèle touristique, ce qui ne va pas sans appréhension. Pour ne rien arranger, voilà que l’Égypte (272 000 voyages à forfait entre novembre 2009 et novembre 2010, soit près de 10 % de croissance en cette période atone) se craquelle. Le Maroc (455 336 voyages à forfait) n’est pas à l’abri non plus. Au-delà des considérations politiques locales, c’est bien aussi l’exaspération économique et sociale qui se manifeste. Toute l’Afrique du Nord est potentiellement concernée, au même titre que le Proche-Orient, où la Jordanie et le Yémen vacillent. L’industrie touristique est partout exposée.
Dès les premiers jours de la"révolution du Jasmin", le poids du tourisme dans l’économie tunisienne s’est fait sentir jusque dans les discours et les actes. Alors que les professionnels sont parvenus à rapatrier quelque 8 000 touristes français en 48 heures, d’autres ont insisté sur la tranquillité qui régnait dans les grandes zones touristiques du pays, de Djerba qui semblait préservée, à Tozeur, où les équipements touristiques ont été épargnés par les pillages et les incendies. À tel point que bien des touristes, souvent en villégiature pour plusieurs semaines, ont refusé de rentrer en France, malgré le couvre-feu et les consignes officielles.
Même au plus fort de la révolution, quand à la mi-janvier, l’ancien chef de l’État a pris la fuite, "des clients continuaient de réserver des séjours en Tunisie pour le printemps, assure Serge Laurent, directeur marketing et commercial de Fram. La destination représente chez nous 80 000 à 90 000 pax, soit 15 et 18 % de notre clientèle, pour l’essentiel individuelle, puisque les groupes pèsent moins de 10 % du chiffre d’affaires."
Même si l’on est en basse saison pour cette destination, à l’approche des vacances d’hiver de la région parisienne et de l’académie de Bordeaux, l’incertitude demeure. De semaine en semaine, le Centre d’études des tour-opérateurs (Ceto) repousse la date des départs vers la Tunisie. Les séjours et circuits ont – à ce jour – été suspendus jusqu’au 7 février. La tendance, qui voulait que la Tunisie soit en croissance régulière (+ 2,5 % entre novembre 2009 et novembre 2010, selon le Ceto) tout en étant la première destination étrangère pour les séjours à forfait (602 000), est bel et bien affectée. Même si des reports dans le temps ou sur d’autres destinations sont accordés sans pénalité, la Tunisie reste difficile à remplacer, alliant à la fois mer, soleil, culture et prix imbattables. "On peut se reporter vers le Maroc, l’Égypte, Ibiza ou la Crète, mais ce n’est ni le même tourisme, ni les mêmes tarifs", souligne Stéphane Le Pennec, directeur général chez Salaün-Holidays. Pour lui, il n’y a guère de choix: "S’il faut relancer le tourisme en Tunisie, il faudra rester dans une économie attractive, en maîtrisant les prix."
C’est aussi le sens de la démarche inspirée par Mourad Majoul, président d’Avico, d’origine tunisienne, qui invite les professionnels du secteur à prendre "les engagements du jasmin", dont la teneur devait être dévoilée le 10 février. Mais l’objectif est bien de relancer la destination tunisienne au plus vite. Y compris à coups de promotions ou d’actions commerciales.
L’approche, pourtant, peut contrarier la fierté et les ambitions des Tunisiens pour leur pays. "Tout le monde a intérêt à ce que les touristes retournent en Tunisie", observe Stéphane Le Pennec. Mais des voix s’élèvent aussi pour "ne pas brader cette destination". "Le tourisme tunisien doit aussi faire sa révolution en devenant plus équitable et plus attentif aux revendications sociales", affirme Wahid Ibrahim sur le site