Menu
S'identifier

Voyages et handicaps, l’accessibilité pour tous

Marché | publié le : 01.07.2019 | Dernière Mise à jour : 04.07.2019

Crédit photo

Auteur

  • Val Restaut

Pendant de – trop – longues années, les deux mots « voyage » et « handicap » semblaient très antinomiques l’un de l’autre. La situation s’est-elle sérieusement améliorée? Les autocaristes sont-ils exemplaires en la matière ?

Cette combinaison des deux mots évoquait surtout des problèmes pratiques, une logistique compliquée, des équipements inadaptés et forcément une restriction importante à la possibilité de découvrir comme tout visiteur potentiel les sites, lieux et autres trésors touristiques dans de bonnes conditions.

Toutes les étapes du voyage d’une personne handicapée, à commencer par les personnes à mobilité réduite -PMR- sont par nature plus complexes à organiser, mais il y a une différence entre « difficile » et « impossible ». La notion même de PMR est sujette à interprétation et ne se limite pas aux handicapés « lourds » privés de toute possibilité d’autonomie physique. Elle s’élargit aux personnes ayant des handicaps sensoriels, aux personnes de petite taille, aux femmes enceintes et même, parfois aux voyageurs avec de lourds bagages ou une poussette.

La législation en la matière se veut progressive et impérative, obligeant les acteurs publics et privés à prendre en compte les situations particulières des personnes handicapées, dont les touristes, et à proposer des solutions. Ce n’est pas et ce sera de moins en moins une catégorie marginale de la population puisqu’on estime que près de 30 % de la population française font partie des personnes à mobilité réduite. Même si l’on considère qu’il y a nécessité de différencier les handicaps moteur, sensoriel, intellectuel ou mental, il faut bien admettre que le fauteuil roulant constitue le plus souvent l’obstacle le plus important pour les personnes handicapées souhaitant partir en voyage et notamment dans les transports.

La loi de référence est celle du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, le plus souvent baptisée loi Handicap. Elle comprend notamment un Titre IV dédié à l’accessibilité, qui stipule à son article 45: « La chaîne du déplacement, qui comprend le cadre bâti, la voirie, les aménagements des espaces publics, les systèmes de transport et leur intermodalité, est organisée pour permettre son accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite. »

La loi donnait 10 ans aux entreprises publiques et privées et aux collectivités pour se mettre en conformité. Le travail est très engagé mais il serait illusoire de croire que tout est réglé et que l’accessibilité est désormais une chose acquise. Une modification du texte a reconnu cet état de fait en prolongeant de 9 ans, jusqu’en 2024, la date limite de mise aux normes obligatoires.

Les grands acteurs sur la sellette

Du côté de la SNCF, on reconnaît qu’il y a encore des progrès à faire. L’horizon légal de 2024 s’impose – sans parler de son engagement pour les JO de Paris – et elle poursuit d’importants efforts pour permettre l’accessibilité de l’ensemble du réseau ferroviaire aux Personnes à mobilité réduite. Son président, Guillaume Pepy s’est engagé à consacrer à l’accessibilité un investissement de 820 millions d’euros entre 2016 et 2024, pour mettre aux normes 160 gares supplémentaires, former l’intégralité des agents au contact du public aux spécificités des besoins liés aux principales formes de handicap, et déployer une signalétique visuelle et sonore adaptée, dans les gares et à bord des trains.

Par ailleurs, depuis 2007, la SNCF (OUI) a mis en place Accès Plus, une offre spécifique et gratuite à destination des personnes à mobilité réduite. Pouvant être réservé dès l’achat du titre de transport, et jusqu’à 48 heures avant le départ, ce service propose aux voyageurs handicapés et à mobilité réduite des prestations d’accueil en gare et d’accompagnement jusqu’au train, un suivi particulier à bord, l’accompagnement jusqu’à la sortie de la gare d’arrivée, le port d’un bagage (dans la limite de 15 kg). Enfin, les personnes ayant un taux d’incapacité supérieur à 80 % peuvent également bénéficier d’avantages tarifaires pour leur accompagnateur. Avec Accès Plus, les Personnes à mobilité réduite et handicapées sont clairement identifiées dans les outils des agents, qui peuvent leur apporter en priorité une assistance adaptée en cas de problème: par exemple, venir informer un sourd qui n’entendra pas les annonces.

Un numéro dédié dispense également des informations utiles sur l’accessibilité des gares et des trains, et peut aider à la réservation des titres de transport avec prestation Accès Plus (un parcours dédié aux PMR existe par ailleurs sur oui.sncf). Le centre de service Accès Plus est disponible 7/7, de 7 à 22 heures, et est joignable par téléphone, par mail ou par internet, pour permettre à toutes les PMR, quel que soit leur handicap, d’avoir accès à toutes les informations nécessaires à la préparation et à la réservation de leur voyage.

Par ailleurs, l’offre Accès Plus est complétée par certaines offres payantes comme l’accompagnement domicile-train.

Le décret « macron »

Pour le déplacement en autocar, un petit coup d’accélérateur a été mis en 2015 avec la libéralisation du transport qui a donné naissance aux « cars Macron », grâce au décret paru jeudi 24 septembre 2015 au Journal Officiel. Les autocars acquis pour être utilisés sur les nouvelles lignes de transports interurbains ouvertes à la concurrence par la loi Macron devront être immédiatement accessibles aux personnes handicapées ou à mobilité réduite. Ce décret concerne « les véhicules routiers acquis à l’occasion de la création ou de l’extension de services librement organisés » ou lors « du renouvellement du parc utilisé pour ces services, qu’il s’agisse d’autocars ou de tous autres véhicules automobiles ». La conjonction « ou » lors du renouvellement n’a pas imposé une obligation immédiate et certaines compagnies « Macron » ne sont pas encore dotées de véhicules avec les équipements nécessaires, mais le mouvement est en marche. Ouibus est en tête du trio français et Isilines plutôt en queue, quant à Flixbus, il offre la gratuité à un accompagnant à défaut d’être totalement conforme.

Les autocaristes s’y intéressent

Certaines entreprises ont poussé plus loin leur engagement. Il n’est plus seulement question de rendre le car accessible, mais bien d’en équiper un certain nombre pour le confort des personnes à mobilité réduite et leur permettre aussi de voyager. À travers sa filiale PNA Aérial, le groupe francilien Lacroix se présente comme l’un d’eux « Pour le Groupe Lacroix, permettre l’accès au transport pour tous, et notamment les personnes handicapées, est une priorité. C’est pourquoi nous disposons d’une flotte de trois autocars spécialement aménagés de 34 à 55 places », explique l’un des responsables commerciaux, « ces véhicules peuvent accueillir jusqu’à 10 fauteuils roulants, et sont tous équipés d’un élévateur facilitant l’accessibilité. Ils sont munis de système d’ancrage des fauteuils et certains de nos véhicules sont également équipés de wc adaptés aux PMR ».

Plus au sud, dans le Gers, les Voyages Duclos sont la seule entreprise du département à disposer d’un autocar qui permet aussi d’accueillir une dizaine de fauteuils roulants, après une manœuvre de démontage de sièges classiques. Ces véhicules sont-ils régulièrement utilisés? La réponse est mitigée: « En trois années de présence, j’ai concrétisé quelques dossiers », expliques Sophie Brunet, responsable commerciale Voyages Duclos. « Nous sommes régulièrement sollicités car les professionnels de la région connaissent l’existence de ce véhicule équipé, mais son utilisation reste marginale. Je viens juste de faire un devis pour un club de 3e âge et une sortie cabaret à Toulouse. »

Les clubs de 3e âge et les Epad sont les plus grands utilisateurs, comme le confirme le responsable commercial de PNA Aérial. « C’est une requête très saisonnière, dès la belle saison, et nos trois véhicules ne suffisent pas à répondre à la demande, alors qu’ils sont inutilisés en hiver. Nous faisons pas mal de sorties à la journée vers le bord de mer, plus rarement des voyages de plusieurs jours mais cela arrive. »

Il y a naturellement un surcoût assez conséquent à l’utilisation de ces véhicules, en raison de la manipulation nécessaire quand il faut démonter des sièges pour libérer l’espace pour les fauteuils roulants. Le chauffeur est à la manœuvre et y passe facilement une petite heure supplémentaire, y compris pour faire monter les clients. Quand il s’agit d’un véhicule médicalisé comme c’est le cas pour PNA Aérial ou encore pour ADS Voyages en Bretagne, les équipements spéciaux ont un coût qui se répercute sur le devis.

Des voyagistes spécialisés

La logistique d’un voyage pour personne à mobilité réduite est plus complexe et certaines entreprises se proposent de la prendre en charge. Cette complexité réduit par nature le nombre de clients concernés. Les quelques tour-opérateurs spécialistes se focalisent sur les voyages individuels accompagnés par des personnes « valides » à l’instar de Be Handi (www.behandi.fr) basé en Loir-et-Cher. Pour autant, son fondateur Hervé Samagalski envisage d’ouvrir ses services à de petits groupes dès la fin de l’année 2019.

LA SUITE DE L'ENQUÊTE DANS NOTRE NUMÉRO 86 JUILLET/AOUT DE BUS&CAR TOURISME DE GROUPE
Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format