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Transport

Ferries : la bataille navale est relancée (Enquête)


Publié le : 18.03.2016 I Dernière Mise à jour : 18.03.2016
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Disparition de la SNCM, liquidation de MyFerryLink, arrivée de nouveaux acteurs, le marché du transport maritime en ferries connaît actuellement une vaste recomposition. Embarquement immédiat...

Si les scénaristes de Hollywood venaient à se pencher sur les rocambolesques aventures du marché des ferries en France, nul doute qu’ils en tireraient une série télé à succès digne de House of Cards. La saison 2015 a d’ailleurs apporté un lot de rebondissements inédits, tant en Méditerranée qu’en Manche. Et la saison 2016 s’annonce comme un feuilleton tout aussi passionnant à suivre...

En Méditerranée, l’année 2015 a effectivement été marquée par la disparition de la SNCM. À bout de souffle, l’emblématique compagnie maritime est placée en redressement judiciaire en novembre 2014 après le retrait de son actionnaire majoritaire, Transdev, la filiale transport de Veolia. Un an plus tard, en novembre dernier, la compagnie est finalement reprise par le groupe corse Rocca au terme d’un jugement rendu par le tribunal de commerce de Marseille. La SNCM disparaît, prenant mi-janvier le nom de Maritima Ferries.

Corsica Linea se positionne sur le fret

La partie est pourtant loin d’être gagnée pour la nouvelle compagnie. Dès le 4 janvier dernier, à la veille du lancement officiel de ses activités, deux anciens candidats à la reprise de la SNCM, Daniel Berrebi et un groupement d’entrepreneurs corses, s’allient pour lancer Corsica Linea, une compagnie qui assure une ligne quotidienne de fret entre Bastia et Marseille avec le Stena Carrier, un navire battant pavillon danois. Un second navire doit entrer en service en février 2016, afin de doubler la liaison, et l’ouverture d’une seconde ligne est prévue en août entre Ajaccio et le continent.

De quoi concurrencer directement l’activité fret de Maritima Ferries. Les marins de l’ex-SNCM, aussitôt vent debout, organisent grève et blocage du Stena Carrier. La reprise du travail est votée une semaine plus tard, après un courrier adressé à l’intersyndicale par l’Office des transports de la Corse, précisant les intentions de la collectivité territoriale en matière de desserte maritime et l’organisation d’un dialogue. La situation reste donc tendue... D’ailleurs, ni Maritima Ferries ni Corsica Linea n’ont souhaité répondre à nos questions.

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« Moby Lines a des ambitions sur la France. Nice-Bastia constitue une porte d’entrée. »

Fabien Sala, gérant d’EuroMer, agent général de Moby Lines en France

 

Le port de calais secoué par la crise des migrants

Dans le même temps, les compagnies concurrentes de l’ex-SNCM ne désarment pas. Loin de là. Corsica Ferries avance une progression de 12 % sur la saison estivale 2015, de juin à fin août, par rapport à la même période de 2014, totalisant 150 000 passagers et revendiquant 80 % de part de marché sur la Corse. Sur l’ensemble de l’année, la compagnie a transporté 1,7 million de passagers. "La Corse a bien fonctionné l’an dernier, avec notamment des reports liés aux événements au Maghreb", explique Roland Ferrari, responsable commercial France. Et Corsica Ferries enfonce le clou : la compagnie prépare l’ouverture de deux nouvelles liaisons du 31 mai au 6 septembre 2016, l’une entre Nice et Porto-Vecchio, l’autre entre Toulon et Porto Torres (Sardaigne).

Autre nouveauté : Moby Lines fait son retour sur le marché corse avec le lancement, le 1er juin prochain, d’une ligne Nice-Bastia. La compagnie italienne avait déjà assuré une liaison Toulon-Bastia en 2010. L’aventure n’avait alors duré que six mois et, malgré 115 000 passagers transportés, la compagnie avait jeté l’éponge à cause du coût élevé du carburant à l’époque et du non-versement par la région de Corse des financements prévus dans le cadre de la continuité territoriale. Cette fois, Moby Lines compte bien s’installer dans la durée. Fabien Sala, gérant d’EuroMer et agent général de Moby Lines en France, affirme ainsi que "la compagnie a des ambitions sur la France". "Nice-Bastia constitue une porte d’entrée", ajoute-t-il.

En Manche, le marché apparaît tout aussi agité, avec d’abord la lente agonie de MyFerryLink. Cette Scop (société coopérative et participative) est créée en 2012 par d’anciens salariés de SeaFrance, à la suite de la liquidation judiciaire de la compagnie. MyFerryLink loue alors trois navires à Eurotunnel, qui relance la ligne Calais-Douvres. Mais, très vite, la ligne se trouve dans le viseur de la Commission britannique de la concurrence, qui demande à Eurotunnel de cesser ses activités puis, en 2014, interdit à la compagnie de desservir Douvres. Acculée, MyFerryLink suspend ses opérations et la liquidation judiciaire est finalement prononcée en juillet 2015 par le tribunal de Boulogne-sur-Mer.

En ce même mois de juillet dernier, le transmanche a par ailleurs subi les conséquences de la crise des migrants, provoquant le blocage du port de Calais. "Ce fut une année particulière", résume-t-on chez P&O Ferries. La compagnie enregistre une hausse de près de 3 % de son trafic Calais-Douvres par rapport à 2014, à 8,2 millions de passagers. Un résultat au global positif, tiré par le retrait de MyFerryLink et la mise en service d’un navire supplémentaire à partir d’août, mais les journées de blocage de Calais en haute saison ont été "très pénalisantes". Jean-Claude Charlo, Dg de DFDS Seaways France, parle lui aussi d’une "année tourmentée". Sa ligne Calais-Douvres a reculé de 4 %, à 875 000 passagers fin novembre, mais Dunkerque-Douvres s’est envolée de 30 %, à 2,9 millions de passagers.

L’économie britannique booste le transmanche

Plus au sud, les perturbations à Calais ont aussi provoqué un important phénomène de report. DFDS Seaways enregistre un bond sur sa ligne Dieppe-Newhaven, avec 410 000 passagers, une progression de 43 % par rapport à 2014. Même constat pour Brittany Ferries : la compagnie note une croissance du nombre de passagers de 9 % sur l’été et de 5 % sur l’année. "Nous avons gagné des clients d’Eurotunnel et de MyFerryLink", commente Florence Gourdon, la directrice commerciale et marketing passagers France.

Toutefois, l’arrêt de MyFerryLink et les reports dus à la crise des migrants n’expliquent pas tout. Florence Gourdon et Jean-Claude Charlo insistent en chœur sur la bonne santé de l’économie britannique. "C’est le moteur de ces lignes", lance le Dg de DFDS Seaways.

Et 2016 semble s’engager sous de bons auspices. Brittany Ferries affirme déjà être en avance sur ses réservations par rapport à 2015. DFDS Seaways s’apprête de son côté à se renforcer avec la remise en service des ex-ferries Rodin et Berlioz sur Calais-Douvres. Les navires, sous pavillon français, seront renommés respectivement Côte des Dunes et Côte des Flandres. Jean-Claude Charlo avoue également son intérêt pour la Méditerranée. Alors que DFDS Seaways opère actuellement une ligne de fret entre Marseille et Tunis, la compagnie se dit à l’affût des opportunités. "Nous avions rapidement étudié le dossier de la SNCM mais nous ne sommes pas allés plus loin car c’était un dossier compliqué, raconte-t-il. En revanche, nous avons des ambitions en Méditerranée et elles seront menées en fonction de ce que veulent nos clients fret." Les compagnies de ferries ont le vent en poupe !

Didier Forray

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