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  • Transport maritime
  • 18/03/2016
  • 10:05

Ferries : la bataille navale est relancée (Enquête)

Disparition de la SNCM, liquidation de MyFerryLink, arrivée de nouveaux acteurs, le marché du transport maritime en ferries connaît actuellement une vaste recomposition. Embarquement immédiat...

Article également paru dans le numéro 1568 de Tour Hebdo magazine


Quoi de neuf ?
 

Corsica Ferries ouvre deux lignes
Le 31 mai, Corsica Ferries lancera deux liaisons : d’un côté Nice/Porto-Vecchio, à raison de trois rotations par semaine, et de l’autre Toulon-Sardaigne, assuré deux ou trois fois par semaine. À noter que les navires qui feront escale en journée à Porto-Vecchio effectueront ensuite un aller-retour vers Porto Torres, en Sardaigne.

Superfast Ferries rêve à de nouvelles routes

La compagnie grecque a fêté ses 20 ans en 2015 en ayant transporté 12 millions de passagers et 2,5 millions de véhicules depuis la première liaison du Superfast I entre Patras et Ancône. Superfast Ferries, qui opère en Adriatique, en Baltique et en Europe du Nord, souhaite désormais aborder ses vingt prochaines années avec de nouvelles routes et nouveaux bateaux.

Un Nouveau navire pour Condor Ferries

Depuis mars 2015, Condor Ferries exploite un nouveau ferry rapide, le Condor Liberation. Ce navire construit en 2010 remplace le Condor Vitesse et le Condor Express, qui ont été vendus à la compagnie grecque Seajets. Le Condor Liberation, long de 102 mètres, est le plus grand navire de la flotte, pouvant accueillir 880 passagers et 245 voitures.

Brittany Ferries se met à la 3D

Les passagers à destination de l’Irlande et de l’Espagne ont rendez-vous avec le futur. La compagnie Brittany Ferries leur propose de tester la technologie des imprimantes 3D à bord du Pont-Aven et du Cap Finistère. Chacun peut alors repartir avec une figurine ou un petit ferry fraîchement imprimé.

DFDS Seaways mise sur les services en option

Les passagers en voiture sur la ligne Dunkerque-Douvres de DFDS Seaways peuvent ajouter l’option embarquement et débarquement prioritaires pour un supplément de 12 € par voiture et par traversée. Ils ont aussi la possibilité d’accéder au nouveau salon Vue Mer moyennant 10 € par personne et par traversée. Les passagers y bénéficieront de boissons gratuites et de l’accès à Internet.

Euromer revoit son site BtoB

Le 1er février, EuroMer a mis en ligne une version améliorée de son site BtoC et, surtout, de son site BtoB avec l’EuroMer B2B Booking System, une plate-forme de réservation destinée aux AGV. Les vendeurs peuvent y réserver en direct les traversées maritimes de toutes les compagnies référencées par EuroMer et émettre les billets en quelques clics.

Brittany Ferries en terres celtes

La compagnie bretonne propose deux nouveaux autotours au Royaume-Uni : "Radieuses Cornouailles anglaises", en 5 jours/4 nuits, et "Irlande du Nord, au pays de Game of Thrones", en 8 jours/7 nuits. Les traversées maritimes AR pour deux adultes avec le véhicule depuis la France et les hôtels avec petits déjeuners sont compris dans les tarifs de ces périples en terres celtes.

Une treizième unité pour Corsica Ferries

La compagnie franco-italienne a racheté en novembre à Tallink Silja Line le Superstar, un cruise ferry de 2 080 passagers et 700 véhicules, qui rejoindra la flotte corse en 2017 sous le nom de Mega Express 6. Sa vitesse lui permettra de faire jusqu’à quatre traversées par jour entre
la Corse et le continent.

Tour Hebdo :
                Ferries : la bataille navale est relancée (Enquête)
© Fotolia.com

Si les scénaristes de Hollywood venaient à se pencher sur les rocambolesques aventures du marché des ferries en France, nul doute qu’ils en tireraient une série télé à succès digne de House of Cards. La saison 2015 a d’ailleurs apporté un lot de rebondissements inédits, tant en Méditerranée qu’en Manche. Et la saison 2016 s’annonce comme un feuilleton tout aussi passionnant à suivre...

En Méditerranée, l’année 2015 a effectivement été marquée par la disparition de la SNCM. À bout de souffle, l’emblématique compagnie maritime est placée en redressement judiciaire en novembre 2014 après le retrait de son actionnaire majoritaire, Transdev, la filiale transport de Veolia. Un an plus tard, en novembre dernier, la compagnie est finalement reprise par le groupe corse Rocca au terme d’un jugement rendu par le tribunal de commerce de Marseille. La SNCM disparaît, prenant mi-janvier le nom de Maritima Ferries.

Corsica Linea se positionne sur le fret

La partie est pourtant loin d’être gagnée pour la nouvelle compagnie. Dès le 4 janvier dernier, à la veille du lancement officiel de ses activités, deux anciens candidats à la reprise de la SNCM, Daniel Berrebi et un groupement d’entrepreneurs corses, s’allient pour lancer Corsica Linea, une compagnie qui assure une ligne quotidienne de fret entre Bastia et Marseille avec le Stena Carrier, un navire battant pavillon danois. Un second navire doit entrer en service en février 2016, afin de doubler la liaison, et l’ouverture d’une seconde ligne est prévue en août entre Ajaccio et le continent.

De quoi concurrencer directement l’activité fret de Maritima Ferries. Les marins de l’ex-SNCM, aussitôt vent debout, organisent grève et blocage du Stena Carrier. La reprise du travail est votée une semaine plus tard, après un courrier adressé à l’intersyndicale par l’Office des transports de la Corse, précisant les intentions de la collectivité territoriale en matière de desserte maritime et l’organisation d’un dialogue. La situation reste donc tendue... D’ailleurs, ni Maritima Ferries ni Corsica Linea n’ont souhaité répondre à nos questions.

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« Moby Lines a des ambitions sur la France. Nice-Bastia constitue une porte d’entrée. »

Fabien Sala, gérant d’EuroMer, agent général de Moby Lines en France

 

Le port de calais secoué par la crise des migrants

Dans le même temps, les compagnies concurrentes de l’ex-SNCM ne désarment pas. Loin de là. Corsica Ferries avance une progression de 12 % sur la saison estivale 2015, de juin à fin août, par rapport à la même période de 2014, totalisant 150 000 passagers et revendiquant 80 % de part de marché sur la Corse. Sur l’ensemble de l’année, la compagnie a transporté 1,7 million de passagers. "La Corse a bien fonctionné l’an dernier, avec notamment des reports liés aux événements au Maghreb", explique Roland Ferrari, responsable commercial France. Et Corsica Ferries enfonce le clou : la compagnie prépare l’ouverture de deux nouvelles liaisons du 31 mai au 6 septembre 2016, l’une entre Nice et Porto-Vecchio, l’autre entre Toulon et Porto Torres (Sardaigne).

Autre nouveauté : Moby Lines fait son retour sur le marché corse avec le lancement, le 1er juin prochain, d’une ligne Nice-Bastia. La compagnie italienne avait déjà assuré une liaison Toulon-Bastia en 2010. L’aventure n’avait alors duré que six mois et, malgré 115 000 passagers transportés, la compagnie avait jeté l’éponge à cause du coût élevé du carburant à l’époque et du non-versement par la région de Corse des financements prévus dans le cadre de la continuité territoriale. Cette fois, Moby Lines compte bien s’installer dans la durée. Fabien Sala, gérant d’EuroMer et agent général de Moby Lines en France, affirme ainsi que "la compagnie a des ambitions sur la France". "Nice-Bastia constitue une porte d’entrée", ajoute-t-il.

En Manche, le marché apparaît tout aussi agité, avec d’abord la lente agonie de MyFerryLink. Cette Scop (société coopérative et participative) est créée en 2012 par d’anciens salariés de SeaFrance, à la suite de la liquidation judiciaire de la compagnie. MyFerryLink loue alors trois navires à Eurotunnel, qui relance la ligne Calais-Douvres. Mais, très vite, la ligne se trouve dans le viseur de la Commission britannique de la concurrence, qui demande à Eurotunnel de cesser ses activités puis, en 2014, interdit à la compagnie de desservir Douvres. Acculée, MyFerryLink suspend ses opérations et la liquidation judiciaire est finalement prononcée en juillet 2015 par le tribunal de Boulogne-sur-Mer.

En ce même mois de juillet dernier, le transmanche a par ailleurs subi les conséquences de la crise des migrants, provoquant le blocage du port de Calais. "Ce fut une année particulière", résume-t-on chez P&O Ferries. La compagnie enregistre une hausse de près de 3 % de son trafic Calais-Douvres par rapport à 2014, à 8,2 millions de passagers. Un résultat au global positif, tiré par le retrait de MyFerryLink et la mise en service d’un navire supplémentaire à partir d’août, mais les journées de blocage de Calais en haute saison ont été "très pénalisantes". Jean-Claude Charlo, Dg de DFDS Seaways France, parle lui aussi d’une "année tourmentée". Sa ligne Calais-Douvres a reculé de 4 %, à 875 000 passagers fin novembre, mais Dunkerque-Douvres s’est envolée de 30 %, à 2,9 millions de passagers.

L’économie britannique booste le transmanche

Plus au sud, les perturbations à Calais ont aussi provoqué un important phénomène de report. DFDS Seaways enregistre un bond sur sa ligne Dieppe-Newhaven, avec 410 000 passagers, une progression de 43 % par rapport à 2014. Même constat pour Brittany Ferries : la compagnie note une croissance du nombre de passagers de 9 % sur l’été et de 5 % sur l’année. "Nous avons gagné des clients d’Eurotunnel et de MyFerryLink", commente Florence Gourdon, la directrice commerciale et marketing passagers France.

Toutefois, l’arrêt de MyFerryLink et les reports dus à la crise des migrants n’expliquent pas tout. Florence Gourdon et Jean-Claude Charlo insistent en chœur sur la bonne santé de l’économie britannique. "C’est le moteur de ces lignes", lance le Dg de DFDS Seaways.

Et 2016 semble s’engager sous de bons auspices. Brittany Ferries affirme déjà être en avance sur ses réservations par rapport à 2015. DFDS Seaways s’apprête de son côté à se renforcer avec la remise en service des ex-ferries Rodin et Berlioz sur Calais-Douvres. Les navires, sous pavillon français, seront renommés respectivement Côte des Dunes et Côte des Flandres. Jean-Claude Charlo avoue également son intérêt pour la Méditerranée. Alors que DFDS Seaways opère actuellement une ligne de fret entre Marseille et Tunis, la compagnie se dit à l’affût des opportunités. "Nous avions rapidement étudié le dossier de la SNCM mais nous ne sommes pas allés plus loin car c’était un dossier compliqué, raconte-t-il. En revanche, nous avons des ambitions en Méditerranée et elles seront menées en fonction de ce que veulent nos clients fret." Les compagnies de ferries ont le vent en poupe !

Didier Forray

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